• La gestion de l'eau - Privée ou publique ? Plus qu'une simple question politique ou économique

    Article de la revue: "Le nouvel économiste"

    L'enjeu politique

    D'après Anne Le Strat, adjointe PS à la mairie de Paris chargée de l'eau, “quand on regarde la carte de France de plus près, on voit que certaines villes de gauche ont décidé de rester délégataires tandis que des villes de droite ont cassé leur contrat pour passer en régie. Il faut donc se garder de tout raisonnement simpliste selon lequel les municipalités de gauche seraient plus favorables à une gestion publique que celles de droite.” A titre d'exemple, Castres a récemment signé son retour en régie alors que la ville est administrée par le maire UMP Pascal Bugis. Début janvier 2012, la municipalité socialiste de Dijon a renouvelé son contrat avec la Lyonnaise des Eaux détenue par le groupe Suez. “Ce sont des choix propres à chaque ville qui différent d'une communauté à une autre, avance Michel Desmars. Loin de l'idéologie qu'on leur prête, certains élus reviennent vers la gestion publique parce qu'ils veulent contrôler plus directement la gestion des services et ne sont tout simplement pas satisfaits de leurs délégataires.”

    L'enjeu comptable
    Des délégataires qui se voient reprocher leur absence de lecture financière par les partisans de la gestion en régie publique. Un contrôle direct du service public a donc pour but de remédier à cette limite, une régie étant soumise à la comptabilité publique. “Les recettes, les paiements des factures et les dépenses sont gérés par le Trésor Public, poursuit Michel Desmars. Alors que chez un opérateur privé, la comptabilité est interne à l'entreprise et même s'il y a un contrôle avec les commissaires aux comptes, ce n'est pas aussi strictement surveillé qu'une régie publique.” Anne Le Strat abonde dans ce sens : “Moi qui découvre la comptabilité publique et ai connu la comptabilité privée au sein de la Société anonyme de gestion des eaux de Paris, je constate que c'est beaucoup plus difficile de tricher dans le public : il y a plus de rigueur budgétaire et financière ainsi qu'un meilleur suivi.”

    L'enjeu financier
    Ce souci de transparence vise un autre objectif : réduire les coûts et faire en sorte qu'ils soient au juste prix du service. Ce qui, selon une étude de l'UFC-Que Choisir datant de 2009, ne serait pas le cas dans les agglomérations dont la gestion de l'eau est déléguée, où les usagers paieraient jusqu'à 30 % plus cher que dans une régie publique. Un écart tempéré par le service de l'eau de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies d'après qui, en 2011, le prix de l'eau des délégataires privés est 15 % plus cher que celui des régies mais tend à fortement diminuer du fait des maintes négociations entamées par les agglomérations.

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